Publié par : endirectdelascandinavie | 21/12/2012

Noël en Suède

Comme dans les autres pays, noël mèle en Suède l’ancien et le nouveau, le religieux et le profane, les composantes locales et étrangères. Pour les écoliers, comme pour les adultes, il comporte plus de jours de congé qu’aucune autre fête, parfois au point qu’en prenant un ou deux jours de congé supplémentaires, on peut être libre pendant une quizaine de jours.

En suédois, les cadeaux de noël portent le nom de « julklappar », littéralement « coups de noël », un nom bien plus ancien que l’invention du père noël. En ce temps-là, on se glissait le soir de noël jusqu’à la porte de celui à qui on destinait le cadeau, on frappait fort à la porte, on jetait le paquet à l’intérieur, autant que possible sans être reconnu, avant de disparaître bien vite dans le noir.
Juste avant noël, on garnit la maison de toutes sortes de décorations de noël – chandeliers, chemins de table et tentures, pères noël, anges – et peut-être, après la confestion des gâteaux, une maison en pain d’épices. La verdure hivernale, ramilles d’airelle et branches de sapin, est un autre élément obligé, par exemple sous la forme d’une couronne accrochée à la porte d’entrée. Les fleurs de noël sont de préférence rouges – poinsettias, tulipes et bégonias – mais aussi roses, blanches et bleu pâle, comme les Jacinthes, très odorantes qui sont tellement appréciées en Suède.
Particularité des pays nordiques, le temps fort des festivités se situe la veille de noël, le 24 décembre, avec le repas de noël et la distribution des cadeaux, mais pas avant d’avoir regardé, l’après-midi, l’émission extrêmement populaire de la télévision, qui présente des classiques de Walt Disney (voir l’article sur l’occupation des Suédois tous les 24 décembre à 15h).
La cuisine de noël est parmi les composantes authentiquement anciennes de la fête, mais elle aussi est en évolution. Autrefois, le menu de noël variait largement des régions côtières à l’intérieur, du nord au sud, des pêcheurs aux paysans… Maintenant que la plupart des ingrédients viennent des grandes industries, les variations locales ont cédé le pas à une offre centralisée de produits finis ou semi-finis.
Il y a en Suède un menu de noël type, encore que les maîtresses de maison ambitieuses s’efforcent de le personnaliser avec des recettes de famille. On commence donc par le « smörgåsbord », c’est à dire quelques variétés de hareng mariné, du pâté de foie, de la saucisse fumée et autres, renforcé pour l’occasion de saucisses de porc, de porc en gelée, de côtes de porc grillées froides et de pieds de porc en daube. Et surtout, l’orgueil de la maîtresse de maison, un jambon entier passé à la saumure sucrée, bouilli ou rôti au four, puis grillé, serviavec diverses garnitures, souvent du chou sous une forme ou une autre. Il faut savoir que la viande coûte très chère en Suède, mais personne ne sait pourquoi.
Le « smörgåsbord » comprend aussi des « petits plats chauds », par exemple des boulettes de viande et un gratin d’anchois appelé « la tentation de Jansson ». Le pain est souvent fait au moût de bière, qui lui donne un arôme doux et très particulier.
Les plats de Noël comportent une part étonnante de viande de porc. La raison est due à une survivance du temps, où la seule viande des Suédois, tout au long de l’année, était le porc salé. On « tuait le cochon » à l’automne, au moment où les animaux sont le plus gras, la viande était ensuite conservée dans la saumure et devait suffire jusqu’à l’automne suivant. Mais au moment de l’abattage de l’automne, un ou deux « cochons de noël » étaient épargnés et bénéficiaient d’un sursis jusqu’à la Sainte Lucie (13 décembre). Noël était le seul moment de l’année où l’on pouvait manger de la viande fraîche, et c’était une grande réjouissance. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui, mais les pratiques alimentaires, et surtout celles qui sont liées aux fêtes, sont si traditionalistes qu’un noël sans jambon, sans porc en gelée et sans saucisse de porc est impensable pour beaucoup.
Après, dans les familles attachées à la tradition, vient le « lutfisk », littéralement « poisson à la lessive », c’est à dire de la lingue ou du colin séché trempé alternativement pendant quelques semaines dans de l’eau et de la lessive de soude, pour le faire gonfler et amollir sa chair. C’est une séquelle du jeûne de noël médiéval, quelques semaines sans viande à une époque de l’année où il était difficile de trouver du poisson frais. Avec la Réforme, le poisson à la lessive était devenue à tout prendre inutile, mais il est si étroitement lié à la célébration de noël qu’on le consomme encore aujourd’hui, 450 ans plus tard, bien que beaucoup le jugent exécrable. Le « lutfisk » est généralement servi avec une sauce béchanelle et/ou du beurre fondu, et abondamment assaisonné directement sur l’assiette de sel, de piment de la Jamaïque et poivre blanc ou noir.
Le dessert est souvent de la bouillie de riz, servie par exemple avec du lait chaud et de la canelle. Dans bien des familles, la bouillie était autrefois le plat principal de noël, car elle était facile à préparer en grandes quantités. En souvenir de ce temps, elle est entourée de divers rituels : il est courant par exemple que celui qui va se servir, ou celui qui trouve l’amande « cachée », doit prononcer une « rime de la bouillie ». La tradition en fournit de toutes faites pour les esprits fermés à la poésie.
A la cuisine de noël, il faut ajouter aussi les gâteaux aux épices, comme les « gâteaux aux poivre », encore que le poivre n’entre plus aujourd’hui dans leur composition (mais c’est vraiment délicieux), auxquels on donne la forme d’un coeur ou la silhouette des divers attributs de noël, sapin, cochon et bouc.
Le sapin et la crèche sont parmi les coutumes de noël plus récentes, toutes les deux venues d’Allemagne. Le sapin a été adopté dès le milieu du 18è siècle par l’aristocratie, mais n’est devenu courant que vers le tournant du siècle dernier dans les maisons des ouvriers et des paysans. Etant typique du noël luthérien, il n’a pas rencontré de résistance et a rapidement été admis, même dans les églises, contrairement aux crèches, qui en ont longtemps été bannies. Celles-ci étaient considérées sur le continent comme spécifiquement catholiques, un point de vue que partageait le clergé suédois. Mais une fois que dans les années 1920, dans une paroisse d’une grande ville, un pasteur connu et entreprenant se fut enhardi à en installer une dans son église. La résistance ne tarda pas à cesser et depuis la crèche a conquis droit de cité dans les églises pendant l’avent. Dans les hôpitaux, dans les jardins d’enfants et en famille, on fait souvent aussi des crèches de plus petit format.
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Responses

  1. Pepparkakor…!!

    Tu réveillonnes suédois cette année alors ?


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