Publié par : endirectdelascandinavie | 11/12/2012

Des traditions sous le signe des saisons

Le charme des traditions et des coutumes est qu’elles évoluent sans cesse. Quand elles ont perdu leur raison d’être, elles tombent dans l’oubli ou prennent des formes nouvelles. Il en est ainsi, et au plus haut point, des traditions festives suédoises. Elles ont souvent des racines anciennes, certaines remontent aux temps païens. Beaucoup sont venues de l’extérieur, des marchands allemands ou de l’Église protestante.

Certaines sont si anciennes que leur origine se perd dans la nuit des temps. Mais on continue à les fêter, parce qu’on l’a toujours fait et parce qu’on a appris à les aimer. Elles font parties du cycle de la vie, elles ponctuent les journées, marquant le temps qui passe et rythmant les saisons.

En Suède, de nombreuses coutumes sont étroitement liées aux métamorphoses de la nature. Les Suédois fêtent la Saint-Jean avec intensité, comme seuls peuvent le faire ceux qui viennent encore de vivre un long hiver. Ils allument des bougies de l’Avent et vouent un culte à une sainte Lucie, vêtue de blanc et auréolée de lumière. La cuisine suédoise est souvent liée aux saisons. Sa préparation et ses assaisonnements s’inspirent des modes de conservation des aliments qui étaient indispensables dans la société rurale d’autrefois : hareng mariné, viandes salées ou fumées, fromages et produits laitiers cuits ou affinés de diverses manières. Nombre de rites festifs sont liés aux travaux des champs, labour de printemps, ouverture de la chasse et de la pêche, moissons. Mais ils ont parfois perdu leur signification originelle et pris un nouveau sens.

Tout cela ne tient pas uniquement au passage du temps et à l’oubli humain. Les Suédois sont partagés dans leur relation à eux-mêmes. S’ils ont la fierté de leur histoire nationale, leur image de soi souffre malgré tout de se comparer à l’idée qu’ils se font de ce qui a cours  »sur le continent » et dans le monde.

Dès qu’ils en ont eu l’occasion, ils sont jetés à corps perdu dans la modernité. Une situation géographique périphérique, un don remarquable pour éviter les guerres, l’abondance des ressources forestières et minérales ont fait de la Suède un pays à la fois riche et atypique à l’aune internationale. Alors que d’autres pays connaissaient les conflits et les clivages de classe, le consensus et la confiance en l’avenir régnaient en Suède. La croyance au progrès, à la croissance et à l’Etat-providence a été par moment si forte qu’elle a fait perdre le sens de l’histoire. Les rites et les usages d’autrefois semblaient tout à coup périmés, les jeunes étaient sourds aux récits des anciens et ne regardaient pas en arrière. L’avenir miroitait au bout de l’horizon, et il s’agissait de le rejoindre au plus vite.

Après la seconde guerre mondiale, la société suédoise a connu en l’espace de quelques décennies une expansion record. Ce petit pays agricole périphérique s’était hissé au premier rang des pays avancés. Des villes nouvelles ont surgi, les routes se sont multipliées et élargies.

Les Suédois avaient conquis le bien-être mais perdu du même coup le contact avec leur histoire. Ils ont mis très longtemps à trouver un équilibre.

Dans la Suède d’aujourd’hui, l’ancien et le nouveau se côtoient, tantôt ) la façon de deux histoires parallèles, tantôt, mais plus rarement, étroitement entretissés. Il en est de même  de tout ce qui vient de l’extérieur, les gens, les tendances et les expressions d’autres cultures et d’autres milieux.

L’immigration a apporté de nouveaux rites et de nouvelles traditions qui, à la longue, se fondront dans ce qui est perçu comme l’identité suédoise. Parallèlement, les nouveaux venus adoptent les usages ancestraux du pays, souvent à l’initiative de leurs enfants, car les crèches et les écoles ont une profonde influence sur la société. Dans le meilleur des cas, cela donne un enrichissement mutuel des cultures. Aujourd’hui déjà, la plupart des Suédois savent ce qu’implique le jeûne du Ramadan pour les musulmans.

Divers coutumes nouvelles se sont enracinées en Suède ces dernières années, principalement par le biais des médias et sous la pression commerciale. Ainsi, deux fêtes très populaires aux États-Unis, la Saint-Valentin et Halloween, ont maintenant acquis droit de cité en Suède, avec quelques adaptations.

Dans quelques générations, leur provenance sera peut-être oubliée. Dès qu’un rituel trouve une résonance dans l’esprit d’un peuple, on ne se soucie guère de son origine. Le Père noël vient d’Allemagne, ce qui n’a pas empêché les Suédois de l’adopter, comme beaucoup de pays du monde. Lucie était une sainte sicilienne et l’oie de la Saint-Martin tient son nom d’un évêque franc, mais cela ne diminue en rien le plaisir de la fête.

La plupart des célébrations traditionnelles se déroulent à la maison, en famille. La seule exception notable est la Saint-Jean, où les Suédois, qu’il vente ou qu’il pleuve, tiennent à être en plein air et à se rassembler pour saluer la venue de l’été. Mais il est vrai que la Saint-Jean est une fête fortement teintée de paganisme. L’Église luthérienne voyait plutôt d’un mauvais œil les processions et festivités collectives, et compte tenu de lq population clairsemée et du climat froid de la Suède, les célébrations ont été reléguées à l’intérieur, dans l’intimité familiale. Mais les temps changent. Si celui qui visite la Suède en hiver peut trouver les rues bien désertes, l’impression est tout autre pour le visiteur de l’été. Les festivals et les fêtes de rue se multiplient un peu partout, les gens se réunissent pour écouter de la musique, festoyer et être ensemble.

En été, toute une série d’assemblées de ménétriers sont organisées en province pour mettre à l’honneur la musique traditionnelle. Apparu en Suède au XVIIIème siècle, le violon n’a pas tardé à devenir l’instrument populaire par excellence. La musique traditionnelle suédoise, souvent sur un rythme à trois temps, était jouée par un seul violon pour accompagner la danse. Cette culture musicale est restée très vivante et les assemblées de ménétriers attirent en général un grand public.

Beaucoup de couples choisissent de se marier en été, quand le temps permet de se rendre à l’église en calèche découverte, ou de célébrer leur union en toute simplicité sur un îlot de l’archipel. Le mariage religieux reste la forme de cérémonie la plus courante, bien que l’Église de Suède, qui était une Église d’État jusqu’en 2000perde des fidèles et que les statistiques de fréquentation religieuse soient en baisse. La grande majorité des Suédois souhaitent aussi des obsèques religieuses.

Les enfants sont souvent baptisés selon le rite chrétien, même si les fêtes de baptême  »maison » semblent avoir de plus en plus la faveur. La confirmation reste assez pratiquée, mais le plus souvent sous la forme d’un camp d’été où l’étude de la Bible alterne avec diverses activités conviviales.

En voyant les jeunes choisir leur propre voie, les anciens ont tendance à déplorer la dissolution des normes. Le mariage, le baptême et la confirmation étaient autrefois des passages obligés vers l’âge adulte et la vie sociale. Maintenant, la plupart des jeunes font ce qui leur plaît. Les Suédois sont comme tout le monde : le spectacle de la rue se fait de plus en plus continental, les us et coutumes sont toujours plus internationalisés. Celui qui est invité à dîner dans une famille suédoise n’a guère à craindre de commettre un impair. Il suffit de ne pas oublier de dire mercitack ! Les Suédois n’arrêtent pas de le faire…

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