Publié par : endirectdelascandinavie | 20/06/2012

manger et boire comme un viking

Contrairement aux croyances, après une bataille ou lors d’un banquet, les Vikings ne buvaient pas dans les crânes de leurs ennemis. Les banquets étaient très importants. Bien boire et bien manger comptaient certainement au nombre des liesses du viking, comme il sied en culture rurale où la chère quotidienne n’est pas toujours abondante et raffinée, et en économie de pénurie qui ne fait pas bombance tous les jours.

Ce n’est pas dire pour autant que la provende était maigre ou chiche, mais nous sommes, malgré tout, en pays pauvres où l’ordinaire devait être assez fruste. En fait, la journée ne comptait guère que deux repas. Le premier était, de loin, le plus important, pratique que les pays germaniques ont plus ou moins maintenue avec leur petit déjeuner consistant, qui se prenait vers neuf heure du matin, une fois terminée les premiers travaux de la ferme concernant le bétail en particulier. Le second était une sorte d’équivalent de notre souper, intervenait le soir, la besogne de la journée étant terminée, vers neuf heure du soir.

Les repas étaient donc comme partout au Moyen Âge, avec la confection d’un fond de sauce, sorte d’équivalent de notre moderne ketchup, accessible en permanence, le mets à tout faire étant un gruau, à base de céréales, dont se souviennent fort bien les Anglais (porridge) ou les Scandinaves (gröt). Il s’accompagnait de  »pain », en vérité de  »pain croustillant » (les pains Vasa), composé d’orge. Sur ce pain, on étalait du beurre, toujours salé pour en assurer la conservation, entreposé dans des seaux ou des boîtes commodes à emporter en cas de navigation. Le plat de consistance était du poisson, bien plus souvent séché que frais, en principe cuit à l’eau, parfois grillé, et consommé avec des algues également séchées ou avec certains légumes comme les pois et les raves. La viande était plus rare. La norme était sans doute de la battre puis de la faire bouillir comme il se trouve encore en Europe centrale, mais l’archéologie a retrouvé un nombre important d’ustensiles pour la faire griller, dont certains fort originaux et pratiques, comme cette longue tige de fer terminée par une spirale du même métal. Les assiettes ou, plus exactement, les écuelles de bois existaient, chacun, homme et femme, ayant son propre couteau et sa cuiller de bois ou de corne. Bien entendu, la fourchette n’existait pas plus là qu’ailleurs.

De nombreux plats creux en bois ou tranchoirs attestent que certaines pâtisseries n’étaient pas inconnues. On les sucrait avec le miel des abeilles, que l’on savait recueillir en enfumant les ruches. Ajoutons que toutes sortes de soupes ou de décoctions diverses étaient d’usage : les chaudrons, marmites, bouilloires que l’on a retrouvés un peu partout, parfois accompagnés de louches à long manche pour remuer le liquide et servir, en sont la preuve. Les produits laitiers étaient nombreux et variés, les principaux étant une sorte de lait caillé dont les vikings étaient friands, et du petit-lait qui tenait lieu de boisson courante.

Le fromage, de chèvre sans doute, figurait également au menu et était, comme partout, pressé à la forme. Les fruits n’étaient pas absents, mais on imagine sans peine qu’ils n’avaient ni la richesse ni la variété que connaissent les pays du Sud. Nos textes ne mentionnent guère que des pommes, des noisettes et des noix, qui semblent, d’autre part, avoir joui d’un prestige particulier dans certains mythes religieux, et surtout des baies, toutes sortes de baies, dont, de plus, on pouvait faire une espèce de  »vin ». Il est clair, toutefois, qu’une bonne ménagère ne disposait pas d’une palette illimitée pour enrichir ses menus.

Nos sources, significativement, insistent beaucoup plus sur la boisson, le fait de boire, que sur les victuailles à proprement parler. C’est qu’il s’agissait là, plus que de la satisfaction d’un besoin élémentaire, d’un geste convivial dont l’importance est tout à fait compréhensible dans une société de type plutôt familiale, et où l’hospitalité était de rigueur.

Cela dit, que buvait-on, en dehors de l’eau et du lait? Avant tout de la bière, mais le terme bière recouvre diverses réalités, encore que, dans tous les cas, il se soit agi de malt, d’orge, plus rarement de houblon fermentés, et, d’aventure, épicés. Les textes ne font pas toujours nettement la différence. La fabrication de ce breuvage était apparemment une affaire délicate et importante, il arrivait qu’elle fût confiée aux soins d’un spécialiste, certains ayant la réputation de la faire réussir, d’autres, non. Le vin était importé par définition et n’a connu de fortune que littéraire. Le mythe qui veut qu’Odin, le roi des Dieux nordiques, ne se soit nourri que de vin, est à l’évidence symbolique. Mais la boisson par excellence était l’hydromel.

En tout état de cause, ces boissons étaient très probablement fortes et les vikings ne semblent pas avoir très bien supporté l’ingestion des boissons alcoolisées. Non seulement l’ivresse était pour ainsi dire la conclusion obligée de tout banquet. On buvait dans des cornes, naturelles ou de métal, voire de bois, fort souvent très artistiquement décorées, peintes, gravées, rehaussées de plaques de métal et disposées sur d’ingénieux supports. La verrerie, sans pied, était importée de l’étranger, de Rhénanie surtout. Sinon, comme le prouve la tapisserie de la reine Mathilde, à Bayeux, on utilisait des coupes sans pied, des sortes de gobelets très évasés. Dans tous les cas, c’étaient des récipients qu’il était pratiquement impossible de poser sur la table, il fallait les vider dès que pleins, d’où l’ivresse rapide des Vikings.

Il existait des rites de table que nous pouvons reconstituer à partir de ce que disent les sources écrites, surtout en ce qui concerne la façon de boire. En général, on buvait à la ronde, chacun devant boire autant que son voisin. Il arrivait aussi que l’on bût tout seul, et, dans ce cas, c’était sans doute dans de plus petites cornes. L’habitude existait aussi de boire à deux, soit entre deux hommes, soit entre un homme et une femme, auquel cas les intentions du buveur masculin était claires! En règle générale, la corne circulait à la ronde ou passait à tour de rôle d’un rang à celui d’en face. De toute manière, boire d’abondance était tenu pour une grande prouesse, un vrai héros se devait de vider force cornes sans désemparer, quitte à restituer à la nature la boisson ingérée, chose qui, apparemment, ne tirait pas à conséquence.

On ne sait, au total, si le banquet était prisé pour les vivres que l’on consommait ou plutôt pour l’occasion qui était offerte de passer en compagnie plusieurs heures, de deviser ensemble, chose apparemment rare, de plaisanter ou de célébrer la mémoires des grands ancêtres.

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