Publié par : endirectdelascandinavie | 08/04/2012

L’édification de l’Etat providence au Danemark, suite

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, pratiquement tous les partis avaient élaboré de vastes programmes. Le plus complet était celui de la Social-Démocratie, qui présentait une stratégie de bien-être touchant tous les secteurs de la société. Les problèmes économiques de la première décennie qui suivit 1945 interdirent cette politique réformiste, mais à partir de 1955, les diverses coalitions qui se succédèrent au parlement danois exécutèrent une politique de prostéprité qui comprenait la pension pour tous en 1956, le régime des salaires en cas de maladie en 1960, l’assurance invalidité en 1965, ainsi que des augmentations importantes des indemnités de chômage et une loi-cadre sociale en 1970. Ces réformes eurent lieu dans le cadre de la réforme des communes, qui réduisait le nombre des communes danoises de 1386 à 275. La réforme des indemnités journalières de maladie et la Loi sur la sécurité sociale, qui supprimait les caisses de maladie et assurait le financement de la sécurité sociale par l’Etat, vit le jour en 1971-1973. Ces réformes des aides sociales et de la santé publique s’achevèrent en 1974 par l’adoption de la Loi sur l’aide aux nécessiteux.

Le domaine de l’éducation connut une expansion énorme. En 1958, l’école primaire fut profondément transformée et l’on vit une explosion des effectifs des lycées, des écoles de formation professionnelle et des études supérieures. L’Etat augmenta ses subventions dans le domaine de la culture, notamment après la création du ministère de la Culture en 1961. Des lois sur le théâtre, les bibliothèques, une Fondation du cinéma et la Fondation de l’Etat pour les Beaux-Arts virent le jour pendant la première moitié des années 1960.

La législation de l’Etat providence se basait sur le principe de l’universalisme, c’est-à-dire non pas sur le droit de tous les citoyens particulièrement nécessiteux, mais sur le droit de tous les citoyens à des aides dans tous les secteurs. Ce principe, qui caractérise les Etats providence nordiques, est la première raison du consensus élevé entre les partis et les classes sociales qui imprègne cette législation, la deuxième étant l’absence de majorité absolue d’un seul parti. Le deuxième parti principe de cette législation de l’Etat providence est son financement par les impôts jusque dans les années 1980.

Ces réfomes s’étaient faites dans le cadre de la croissance économique extrêmement rapide commencée vers 1958 et des grands changements structuraux du commerce, de l’industrie et du marché de l’emploi danois. La productivité s’accrut fortement, dans l’agriculture comme dans l’industrie, entraînant la réduction du nombre des exploitations et de la main d’oeuvre agricole, alors que l’industrie était en expansion. Dès le début des années 1960, la valeur des exportations des produits industriels dépassait celle des produits agricoles. Toutefois, l’augmentation la plus importante fut celle du nombre de fonctionnaires dans le secteur public et des employés dans les services, le commerce et l’industrie privés. Ce furent notamment les femmes qui conquirent les nouveaux emplois offerts par l’industrie et le secteur public.

La deuxième révolution industrielle se caractérise par le déplacement de l’industrie vers l’ouest du Danemark. S’éloignant des anciens centres industriels, l’industrie s’est implantée dans des districts ruraux et dans de petites villes de province, où elles pouvaient recruter la main-d’oeuvre devenue inutile dans l’agriculture. Ce déplacement fit naître des types d’habitats entièrement neufs par rapport à ceux de la classe ouvrière urbaine d’autrefois, qui se traduisirent par une sorte d’urbanisation de la campagne. On vit surgir dans tout le pays des nouveaux lotissements de maisons individuelles. Les modèles de consommation se transformèrent profondément et les nouveaux modes de vie apparus à cette époque entraînèrent  des affrontements culturels, qui finirent par causer les décalages énormes du modèle politique que subit le Danemark pendant la première moitié des années 1970.

Cependant, les affrontements polico-culturels les plus marquants des années 1960 et du début des années 1970 eurent lieu entre la nouvelle génération des jeunes nés pendant les années de la prospérité et la génération de ceux qui avaient vécu avant et pendant la guerre. Les thèmes de la révolte des jeunes étaient multiples : protestation contre l’armement atomique, contre la guerre au Vietnam et plus généralement contre des processus démocratiques figés. Les mots d’ordre des jeunes étaient la démocratisation et la participation aux décisions à tous les niveaux de la société, en premier lieu et le plus efficacement au sein des études supérieures. C’est dans ce secteur que al loi-cadre de 1970 accorda une participation décisionnelle aux étudiants et aux jeunes enseignants. Le renouvellement idéologique des débats politiques et culturels qui intervint au même moment avait une forte tendance marxiste, ainsi que d’autres orientations radicales. Ce nouvel activisme revêtit des formes extra-parlementaires non-traditionnelles en se manifestant par des marches de protestation, l’occupation de maisons, de fabriques et d’universités, des grèves sauvages, des représentations théâtrales dans les rues et des happenings.

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